Peur de conduire : la réalité virtuelle peut être une solution

Dans Mme Figaro, le psychiatre Antoine Pelissolo propose des techniques simples et efficaces pour s’en débarrasser. Précisions.

Amaxophobie. Si ce terme ne vous dit rien, il désigne pourtant une pathologie bien plus fréquente que ce que l’on imagine : la peur de conduire. Peu de personnes osent parler de cette phobie, tant le fait de conduire est considéré «comme un savoir-faire naturel et indispensable», nous explique le psychiatre Antoine Pelissolo. Dans son dernier livre Vous êtes votre meilleur psy (1), il donne des techniques simples et efficaces pour venir à bout de sa peur, à tester en dernier recours avant de consulter.

La peur de l’accident et la peur d’avoir peur

Cette peur ne repose pas sur rien : conduire est une activité objectivement dangereuse, qui requiert un apprentissage et une vigilance particulière pour éviter les accidents. «L’amaxophobie s’appuie sur deux niveaux de peur : la peur d’un accident, et la peur d’avoir peur, et donc de provoquer un accident à cause d’une perte de contrôle liée à la peur», précise Antoine Pelissolo.

La cause la plus classique concerne les personnes ayant vécu un accident, on parle alors de phobie «post-traumatique». Mais chez certains conducteurs, la peur survient sans raison évidente. «Il peut s’agir de troubles anxieux, en rapport avec la survenue d’attaques de panique ou d’idées obsédantes. Certaines personnes ont ainsi une peur irrationnelle de perdre connaissance brutalement ou d’avoir une impulsion qui les pousserait à faire un geste dangereux au volant», poursuit le psychiatre.

Briser la spirale de l’évitement

«C’est dangereux, je ne sais pas conduire», «je vais perdre le contrôle»… Non seulement ces pensées sont injustifiées si la personne a appris à conduire, mais elles entretiennent un cercle vicieux, indique Antoine Pelissolo. Le conducteur, persuadé qu’il va perdre ses moyens, va éviter de prendre le volant, risquant «de voir cette peur s’accentuer de plus en plus». «Plus on a peur, plus on évite, et plus on évite, plus on a peur», résume le médecin.

Il est nécessaire de briser cette spirale en identifiant les pensées noires que l’on peut avoir, puis en repérant en quoi elles sont irrationnelles et ce qu’elles entraînent comme émotions gênantes (peur, angoisse). «Il s’agit d’arrêter la « pensée négative » injustifiée, ce qui n’est jamais facile mais qui apporte beaucoup», affirme le psychiatre.

Antoine Pelissolo recommande par la suite de se réhabituer à conduire progressivement, en se faisant aider par un proche de confiance ou en reprenant quelques cours de conduite. Si d’autres angoisses vous paralysent, comme la peur de vous évanouir au volant et ou de rester coincer dans un tunnel, «il faut alors commencer par traiter « à froid » l’anxiété sous-jacente : apprendre à maitriser les attaques de panique, ou surmonter sa claustrophobie. Cela peut se faire grâce aux méthodes de thérapie comportementale, notamment la relaxation et la confrontation progressive aux situations redoutées», ajoute le psychiatre.

Repérer et apprivoiser les symptômes physiques

Au volant, les symptômes les plus fréquents sont les palpitations et l’accélération de la respiration, mais ceux qui font le plus peur sont ceux qui peuvent gêner les gestes de conduite : vertige, tremblement des mains, crispation des muscles des bras ou des jambes. «Ce sont des signes classiques du stress et de la peur », insiste Antoine Pelissolo.

Pour éviter d’être surpris et de céder à la panique, le psychiatre recommande de monter dans la voiture en étant déjà convaincu que les signes d’anxiété vont apparaitre. Respirez lentement par le nez, en faisant une pause après chaque inspiration et chaque expiration, et avec le ventre plutôt qu’avec le thorax. «Ensuite, il faut essayer de relâcher les musclesqui ne sont pas actifs en permanence, par exemple le bras gauche puisqu’il tient juste le volant, poursuit Antoine Pelissolo. En cas de tension importante, quelques exercices de crispation volontaire de la main puis de relâchement, en alternant sur quelques secondes, sur le volant ou le levier de vitesse, peuvent être utiles. Et puis si l’angoisse persiste, on s’arrête à un endroit où cela est possible, on se détend puis on repart.»

Ces exercices de respiration et de détente musculaire peuvent être pratiqués quotidiennement quelques minutes, à l’arrêt en voiture, ou même chez soi. Enfin, d’autres techniques de relaxation, comme la méditation ou la pratique d’une activité physique régulière, peuvent avoir un effet bénéfique.

Si malgré vos efforts, la peur persiste et devient handicapante, Antoine Pelissolo recommande de consulter un praticien de thérapie comportementale, ou de thérapie en réalité virtuelle.

http://madame.lefigaro.fr/bien-etre/peur-de-conduire-les-solutions-pour-en-finir-conseils-psychiatre-antoine-pelissolo-130218-147070

En finir avec la peur de conduire.